Séance doctorale n° 14 : mercredi 18 mars 2026

Le laboratoire Logiques de l’Agir a le plaisir de vous convier à son séminaire le mercredi 18 mars 2026 à 18h00 à l’UFR SLHS de l’université Marie et Louis Pasteur en salle E14 (Grand Salon), entrée par le 18 rue Chifflet, 25000 Besançon. Nous recevrons Thomas Martin et Aymeric Boutry lors de la quatorzième séance doctorale du laboratoire Logiques de l’Agir.

Thomas Martin : Antiphilosophie et métaphilosophie chez Camus

Présentation

Camus n’a jamais accepté le titre de philosophe, associé pour lui à l’esprit de système et à une confiance excessive en la raison et ses catégories. Mais ce n’est pas tant la philosophie elle-même qu’il rejette qu’une certaine manière de philosopher, trop théorique, trop conceptuelle, enfermée dans une logique impuissante à traiter authentiquement les problèmes existentiels, à commencer par celui du sens de la vie. Dans Philosopher avec la littérature (Hermann, 2013), Pierre Macherey oppose la « philosophie des philosophes » et la « philosophie au sens large », dans laquelle il intègre une étude des grands romans français. Camus, pour reprendre cette distinction, est indéniablement « un philosophe au sens large » : il écrit certes des essais (Le Mythe de Sisyphe en 1942, L’Homme révolté en 1951), mais en nous invitant à les lire conjointement à des œuvres littéraires qui traitent des mêmes problèmes philosophiques. Ce qui est plus intéressant encore, c’est qu’il y a dans sa philosophie au sens large, une critique de la philosophie des philosophe : c’est ce que nous appellerons l’« antiphilosophie » camusienne, que nous tenterons de définir dans le premier moment de notre intervention.

Il s’agira ensuite de comprendre les enjeux métaphilosophiques de cette critique. Par « métaphilosophie », nous entendons d’abord une interrogation sur la définition de la philosophie elle-même, qui doit nécessairement s’ouvrir sur l’existence pour Camus en orientant la conduite de la vie. Nous entendons également par là une réflexion sur les rapports entre philosophie et littérature (entre philosophie et journalisme également) : nous verrons que l’ouverture de la philosophie vers ce qu’elle n’est a priori pas permet non seulement d’éviter certaines illusions scolastiques, mais aussi de répondre à l’exigence de cohérence existentielle entre la pensée et la vie qui est au cœur du geste philosophique camusien.

Thomas Martin est doctorant au laboratoire Logiques de l’Agir de l’université Marie et Louis Pasteur et réalise une thèse sur Camus sous la direction de Laurent Perreau.

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Aymeric Boutry : Quel marxisme au Japon dans les années 1960 ?

Présentation

Mishima se disait volontiers réactionnaire et antimarxiste, notamment lors de son débat avec le Zengakuren en 1968. Mais cette opposition soulève une question préalable : contre quel marxisme s’opposait-il alors ? Car le marxisme japonais des années 1960 ne forme nullement un bloc homogène. Entre le Parti communiste japonais, les scissions étudiantes, la Nouvelle Gauche et les nouvelles formes de dissidence, il désigne un espace traversé de conflits théoriques, stratégiques et générationnels.

L’intervention propose d’éclairer cette configuration à partir d’un problème de philosophie politique : celui de la représentation. La crise des années 1960 prolonge d’abord certaines contradictions plus anciennes du communisme japonais, partagé entre enracinement national et dépendance à l’égard de modèles étrangers, entre vocation unitaire et logique d’appareil. Mais la séquence d’Anpo accélère aussi une remise en cause plus générale des médiations politiques traditionnelles. À travers la critique du parti, de l’avant-garde et des formes instituées de direction, c’est finalement la possibilité même de parler au nom des masses, des étudiants ou du peuple qui devient problématique.

Aymeric Boutry est doctorant au laboratoire Logiques de l’Agir de l’université Marie et Louis Pasteur et réalise une thèse sur l’œuvre de Yukio Mishima sous la direction de Pierre Statius.