Soutenance de thèse – Benjamin Guérin – Mardi 21/04/2026, 13h30-18h – Grand Salon

Mardi 21 avril 2026 à 13h30 au Grand Salon (E14) de l’Université Marie et Louis Pasteur (18 rue Chifflet, Besançon) aura lieu la soutenance de thèse de Benjamin Guérin, sous la direction de Sarah Carvallo (philosophie) et de Régis Aubry (médecine palliative), intitulée :

La détresse existentielle : la philosophie existentielle de Léon Chestov
sur le terrain des soins palliatifs

Le jury sera composé de : 

Ramona FOTIADE, Professeure associée HDR, Université de Glasgow, Présidente du jury
Philippe CABESTAN, Professeur de chaire supérieure HDR, Lycée Jeanson de Sailly, Rapporteur
Axelle MANEVAL VAN LANDER, Professeure des Universités HDR, Université Clermont-Auvergne, Rapporteure
Yvan BEAUSSANT, Chargé de recherche, DFCI Université Harvard
Carole WIDMAIER, Maîtresse de conférence, Université Marie et Louis Pasteur
Sarah CARVALLO, Professeure des Universités HDR, Université Lyon 1 Claude
Bernard, Directrice de thèse
Régis AUBRY, Professeur des Universités-Praticien hospitalier HDR, CHU de
Besançon, Université Marie et Louis Pasteur, Codirecteur de thèse.

Résumé de la thèse

La détresse existentielle (existential distress) est un concept développé par la recherche médicale depuis le tournant des années 2000. Elle désigne une forme de vulnérabilité extrême, distincte de la détresse physique (douleur, dyspnée) et de la détresse psychique (dépression). Elle survient dans des situations critiques ou charnières (burnout, prison, guerre, écoanxiété, adolescence, ruptures, deuils). Mais la reconnaissance et la prise en charge de la détresse existentielle est un enjeu majeur de la recherche et la pratique en soins palliatifs. En effet, cette détresse conduit fréquemment les patients en fin de vie ou atteints de maladie grave (cancers, SLA), à formuler des demandes de suicide ou d’aide à mourir. 

Sa description clinique l’associe à la dévalorisation, le désespoir, l’absurdité, l’inutilité, l’angoisse, les remords, le découragement (demoralization), la culpabilité ou la solitude existentielle. Elle se distingue néanmoins de la dépression et de l’anxiété, bien qu’elles puissent en être des comorbidités. Cette détresse est liée à des préoccupations existentielles, telles que la perte de sens, de liberté ou du goût de la vie, et elle renvoie parfois à des questions d’ordre spirituel. Dans nos systèmes de santé, cette détresse peut atteindre et mettre en difficulté les soignants responsables de l’accompagnement des patients confrontés à l’imminence de la mort. Mais la recherche médicale ne parvient pas à définir cette détresse existentielle qui échappe aux catégories pathologiques et aux tentatives d’objectivation par l’evidence-based medicine. En raison de sa subjectivité et de son caractère dynamique, elle passe aussi au travers des méthodes d’évaluation par échelles. La recherche médicale reconnaît que ce concept est emprunté aux philosophies existentielles, néanmoins, cette thèse révèle des confusions et un manque d’ancrage philosophique, qui confirme la nécessité de mener une réflexion conceptuelle interdisciplinaire. Or, face à ces situations limites, la philosophie assume justement la question du sens et de la liberté ; et elle développe un dialogue avec la médecine dans le champ des humanités médicales pour répondre aux enjeux du soin. 

Plus précisément, cette thèse s’inscrit dans le cadre de la philosophie de terrain. De fait, elle mobilise la philosophie existentielle pour la confronter aux enjeux du terrain des soins palliatifs. Effectivement, dans le champ de la philosophie existentielle, Léon Chestov pense particulièrement la détresse existentielle, en s’intéressant à des cas concrets décrits par la littérature. Il élabore ainsi une philosophie existentielle des confins, qui permet de penser la détresse existentielle comme un état associé à l’angoisse. Cet état est lié à une situation catastrophique vécue comme une impasse. Il découle d’une confrontation tragique à la perte de liberté dans l’irrémédiable. L’existence se situe alors au seuil d’une expérience liminaire, marquée par la tension extrême d’une lutte intenable, car il s’agit d’une plongée dans l’absurde et la perte de sens. Elle est donc complexe à exprimer, car à la fois indicible et ineffable. 

Ce travail s’articule en trois temps : (1) Un état de la littérature médicale internationale et l’exploration des racines conceptuelles de la détresse existentielle, en lien avec la psychiatrie, la psychologie et la phénoménologie. (2) L’exploration d’une philosophie de la détresse existentielle à partir de Chestov. (3) La confrontation de ces analyses aux terrains constitués pour cette thèse : tout d’abord, les travaux des ateliers interdisciplinaires sur la détresse existentielle à Besançon (2021-2023) ; ensuite, la participation, avec Harvard, à des groupes d’analyse des données d’essais cliniques sur les psychothérapies assistées par psychédéliques en contexte palliatif aux États-Unis (2020-2024) ; enfin, des stages d’observation et d’analyse de cas concret dans l’unité de soins palliatifs d’un hôpital en France (2023-2024).

Mots-clés : Chestov, existentielle, détresse, psychédéliques, palliatif, fin de vie.