Y4HPH2U2 : Épistémologie des sciences humaines et sociales
La valeur épistémique du mythe. Lévi-Strauss, Barthes, Ricœur
Nicolas Antoszkiewicz
Résumé
La tradition philosophique s’est constituée, depuis Platon et Aristote, sur une opposition entre mythos et logos. Là où le logos procède par concepts, démonstrations et vérifications, le mythe relèverait de la doxa, c’est-à-dire de l’opinion, de la croyance non fondée, et non de l’épistémè, c’est-à-dire de la connaissance rigoureuse et justifiée. Cette hiérarchie, reconduite par la philosophie des Lumières et le positivisme du XIXème siècle, a longtemps assigné au mythe une place résiduelle, celle d’une proto-explication que la science aurait vocation à dissoudre et à dépasser. Les sciences humaines et sociales du XXème siècle ont cependant profondément questionné cette distinction, en montrant que le mythe constitue une forme de rapport au monde irréductible à la simple erreur. Nous étudierons trois tentatives de renouveler l’approche et la valeur épistémique du mythe : l’anthropologie structurale de Claude Lévi-Strauss, la sémiologie de Roland Barthes et la philosophie herméneutique de Paul Ricœur. Nous aborderons ces trois épistémologies du mythe à travers deux questions principales : le mythe obéit-il à une logique propre, distincte mais non inférieure à la logique scientifique ? Dans quelle mesure la valeur que les sociétés accordent aux mythes révèle la conception qu’elles se font de la place de l’homme dans le monde ?
Ces trois références nous permettront d’aborder différents aspects du mythe. Nous verrons avec Lévi-Strauss que le mythe n’est pas une pensée pré-logique, mais une « science du concret » qui ordonne le réel à partir d’oppositions binaires (nature-culture, cru-cuit, etc.) que le récit cherche à médiatiser symboliquement. Avec Barthes, nous montrerons que le mythe n’est pas l’apanage des « sociétés lointaines », il est au cœur de la culture contemporaine, en présentant comme évident et universel ce qui est construit et contingent. Sa valeur épistémique est alors essentiellement critique, dans la mesure où c’est en le démystifiant que l’on accède à la connaissance des rapports sociaux qu’il dissimule. Enfin, nous étudierons la critique par Ricœur de l’analyse structurale, coupable de s’arrêter à la surface formelle des mythes en ignorant leur dimension existentielle. Il nous semble que cette triple perspective qui confère au mythe une valeur logique, critique et herméneutique offre de précieuses pistes pour repenser l’épistémologie des sciences humaines et sociales.
Bibliographie
Bibliographie indicative :
Roland Barthes, Mythologies, Paris, Seuil, 1970.
Claude Lévi-Strauss, La Pensée sauvage, Paris, Plon, 1962.
Claude Lévi-Strauss, « La structure des mythes », dans Anthropologie structurale, Paris, Plon, 1960.
Claude Lévi-Strauss, Mythologiques, t. I : Le Cru et le Cuit, Paris, Plon, 1964.
Paul Ricœur, Philosophie de la volonté, tome II : Finitude et culpabilité, Paris, Seuil, 2009.
Paul Ricœur, Le Conflit des interprétations, Paris, Seuil, 1969.
La division du travail
Florian Gulli
Résumé
Adam Smith ouvre son grand ouvrage, Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, sur la question de la division du travail. Ce texte sera le point de départ de nombreuses discussions au siècle suivant. Nous nous intéresserons notamment aux lectures de Marx et de Durkheim. Un dossier de texte sera dsitribuée en début de cours.
Bibliographie
Adam Smith, Recherche sur la na ture et les causes de la richesse des nations, Tome 1, chapitre 1 et 2.
Karl Marx et Friedrich Engels, L’idéologie allemande,
Karl Marx, Le capital, Livre I, XII, 4.
Emile Durkheim, De la division du travail social, Introduction, I, chapitre 2 et 3, II, chapitre 2

