ZSASC124: PASS
Se sentir mal : la souffrance dans l’existence humaine et les rôles de la médecine
Dylan Guével
Résumé
Les progrès remarquables de la médecine dans les deux derniers siècles en ont fait le vecteur principal de la prise en charge de la souffrance dans nos sociétés. La logique médicale incorpore l’idéal de traiter le mal par la technique : c’est la possibilité, quand on se sent mal, d’aller chez le médecin et d’obtenir un remède qui rendra par lui-même la santé. Sans parler des difficultés techniques et scientifiques qui rendent difficiles la généralisation de ce modèle, le « technicisme » médical, parce qu’il ne voit le mal que comme quelque chose à éliminer, laisse dans l’ombre plusieurs questions qui restent tranchantes.
Un premier axe d’interrogation concerne la nature des maux qui nous touchent : qu’est-ce qui nous arrive quand on se sent mal ? Faut-il distinguer plusieurs genres de malaises, en séparant par exemple les douleurs somatiques et la souffrance psychique ? Tous les malaises peuvent-ils, et doivent-ils, être médicalisés ? Un second axe de question concerne la relation qu’on entretient avec nos maux : peut-on souhaiter éviter la souffrance ? toute souffrance est-elle négative ? Les souffrances peuvent-elles avoir du sens ? Peut-on alors construire des ressources pour lutter contre les douleurs qui nous affectent, pour s’efforcer de vivre avec, voire pour en faire des ressources ? Un troisième axe fait intervenir la question du normal et du pathologique : dans quelle mesure la souffrance est-elle un symptôme suffisant pour caractériser un état pathologique ? Y a-t-il des douleurs normales ? Y a-t-il des états pathologiques sans souffrance ? On abordera ces questions en mobilisant l’histoire de la philosophie, mais aussi des réflexions actuelles dans le domaine de la santé et du soin.
Bibliographie :
Boltanski Luc, « Les Usages sociaux du corps », Annales, 1971
Butler Judith, Vies précaires, Amsterdam, 2015
Canguilhem Georges, Le Normal et le pathologique, PUF, 2013
Castel Pierre-Henri, « L’irrésistible ascension des « états limites », Esprit 2024/12
Epictète, Manuel, Flammarion, 1999
Epicure, Lettre à Ménécée, Flammarion, 2009
Freud Sigmund, Malaise dans la civilisation, Point, 2010
Illich Ivan, Némésis médicale, Points, 2021
Le Breton David, Anthropologie de la douleur, Métailié, 1995
Le Breton David, Expériences de la douleur, Métailié, 2010
Marin Claire, Violences de la maladie, violences de la vie, Armand Colin, 2015
Montaigne Michel de, « Sur la ressemblance des enfants avec leurs pères », Essais II, Chapitre 37
Ricoeur Paul, « La souffrance n’est pas la douleur », in Souffrance et douleur. Autour de Paul Ricoeur, Claire Marin et Nathalie Zaccaï-Reyners, PUF, 2013
Hannah Arendt, l’activité comme condition humaine
Angèle L’Hote
Résumé
Le cours aura pour trame une lecture suivie de La condition humaine d’Arendt, permettant d’établir une compréhension de l’existence humaine au prisme de ses activités. Pour cela, le cours procèdera à une analyse rigoureuse de la genèse de la conceptualité arendtienne, qui ne peut se faire qu’au travers d’une histoire de la philosophie dont il s’agira d’exposer la chronologie et la logique conceptuelle. Le fondement de ce cours sera un questionnement autour de la notion de condition humaine, telle qu’elle doit être distinguée d’une simple nature humaine, fixe et déterminée. C’est le cœur de la proposition arendtienne de l’ouvrage, qui expose une compréhension du cadre général de
l’existence humaine, et ses modalités, plutôt qu’une identification stricte de caractéristiques figées. C’est le concept d’activité, élaboré au sein d’une triade conceptuelle (travail/oeuvre/action), qui permet à Arendt de mettre de côté la préoccupation classique de la nature humaine, pour donner du sens à l’idée d’une condition humaine, condition qui établit les façons et moyens au travers desquels l’être humain existe et se fait, sans qu’elle puisse être réduite à une détermination. La compréhension progressive de cette condition humaine se fait dans l’ouvrage à partir d’une lecture de l’histoire de la pensée qui la précède, dont elle extrait des concepts, qu’elle retravaille, ou dont elle établit les limites et les écueils. C’est en ce sens que la bibliographie proposée est construite autour des écrits principaux de l’autrice, mais inclut également des références plus classiques, dont les étudiant.es pourront travailler certains passages qui seront indiqués en début de semestre.
Bibliographie
ARENDT Hannah, Le système totalitaire, Paris, Points, 2025.
ARENDT Hannah, Qu’est-ce que la politique ?, Paris, Points, 2016.
ARENDT Hannah, Condition de l’homme moderne, Paris, Pocket, 2007.
ARENDT Hannah, Eichmann à Jerusalem: rapport sur la banalité du mal, Paris, Gallimard, 1991.
PLATON, La République, Paris, Flammarion, 2016.
ARISTOTE, Les Politiques, Paris, Flammarion, 2015.
DESCARTES René, Discours de la méthode, Paris, Flammarion, 2020.
KANT Immanuel, Critique de la raison pure, Paris, Gallimard, 1990.
MARX Karl, Le Capital, Livre I, Paris, PUF, 2014.

