Y4HPH3U4 (2026-2027) : La leçon de philosophie, L2-S3 (R. Sozanski & Danielle Bernard)

Y4HPH3U4 : La leçon de philosophie

Méthode de l’analyse de notion
Roman Sozanski

Résumé

On l’appelle « leçon de philosophie » lorsqu’elle est donnée à une classe de terminale ou prononcée face à un jury de concours, parfois « composition de philosophie » dans le supérieur : la dissertation est, avec l’explication de texte, l’un des deux exercices de réflexion qui accompagnent et structurent la formation de l’esprit philosophique dans les institutions françaises.

Au chapitre VI de Tristes tropiques, « Comment on devient ethnographe », Claude Lévi-Strauss le déplore. C’est ainsi qu’il exprime son mépris pour un exercice qu’il juge purement formel : « Tout problème, grave ou futile, peut être liquidé par l’application d’une méthode, toujours identique, qui consiste à opposer deux vues traditionnelles de la question ; à introduire la première par les justifications du sens commun, puis à les détruire au moyen de la seconde ; enfin à les renvoyer dos à dos grâce à une troisième qui révèle le caractère également partiel des deux autres, ramenées par des artifices de vocabulaire aux aspects complémentaires d’une même réalité : forme et fond, contenant et contenu, être et paraître, continu et discontinu, essence et existence, etc. Ces exercices deviennent vite verbaux, fondés sur un art du calembour qui prend la place de la réflexion ; les assonances entre les termes, les homophonies et les ambiguïtés fournissant progressivement la matière de ces coups de théâtre spéculatifs à l’ingéniosité desquels se reconnaissent les bons travaux philosophiques. » Autrement dit, on ne découvre rien dans une dissertation de philosophie. L’accusation peut encore être fournie par la considération de ce qui paraît une injonction contradictoire constitutive de l’exercice : d’un côté l’effort réflexif attendu en dissertation doit être authentiquement personnel, et à ce titre neuf, mais de l’autre, chaque élan d’idée semble n’être autorisé que dans la mesure où il est validé par le recours à une référence, c’est-à-dire par l’autorité de l’histoire de la philosophie.

Alors bien sûr, il ne peut être question de défendre la perfection du format que représente la leçon de philosophie, ou sa nécessité pour la réflexion. Et néanmoins, est-il si certain qu’on ne puisse rien découvrir dans une dissertation ? N’offre-t-elle pas l’occasion rare de s’adonner à un travail réflexif long ? – de se poser des questions qu’on n’aurait pas spontanément considérées ? – de se mettre d’accord avec soi-même dans un authentique effort de concentration, de structuration et d’éclaircissement de sa pensée ? N’organise-t-elle pas des contraintes libératrices, parmi lesquelles celle de devoir assumer un énoncé non choisi, d’en emprunter le chemin pour traverser le champ philosophique auquel il renvoie, et ainsi s’approprier ce champ ? Le hasard et l’arbitraire des sujets ne permettent-ils pas paradoxalement de se reconnaître, de consolider ses intuitions, jusqu’à pourquoi pas se découvrir une sensibilité philosophique (pour des auteurs, des courants de pensée, des types de problèmes, etc.), voire un style ? En somme, si la dissertation n’est qu’un jeu, elle compte peut-être parmi les « beaux jeux » au sens de Platon, puisqu’elle enseigne des compétences utiles bien au-delà du cadre évaluatif universitaire : elle apprend la rigueur argumentative, développe l’inventivité réflexive, engage à la recherche préalable de connaissances et favorise la reconnaissance de trames, de ponts entre les repères que propose l’histoire de la philosophie. Bref, pourquoi ne pas faire l’hypothèse, contraire à celle de Lévi-Strauss, que la dissertation engage un certain rapport à soi et donc un rapport certain à la philosophie ?

Le cours s’adresse à celles et ceux qui n’ont pas encore décidé de devenir ethnographes. Il propose de donner un sens à la « leçon de philosophie » en se concentrant sur l’exercice de sa méthode. Passée l’étape nécessaire d’exposition de l’esprit dialectique de la dissertation et de ses codes, il s’agira de pratiquer l’analyse et la problématisation de sujets, à l’écrit et à l’oral. On prétextera du programme de la session 2027 de l’agrégation externe de philosophie pour envisager les modalités de préparation spécifiques qu’impliquent la dissertation et la leçon hors-programme, la dissertation sur programme notionnel (cette année : « la vie ») et la leçon sur programme relatif à un domaine (cette année : « la morale »).

Méthode de l’explication de texte
Danielle Bernard

Résumé

Ce cours de méthode sera consacré à la méthode de l’explication de texte. Si la dissertation vise à apprendre à organiser le savoir philosophique qu’on a accumulé dans un développement cohérent, l’explication de texte exige des compétences qui se rapprochent bien plus du travail de recherche en philosophie. L’enjeu de l’explication de texte est d’apprendre à interroger un extrait d’un texte de philosophie, repérer les imbrications des thèses, les difficultés de l’argumentation et la façon dont l’auteur les surmonte: il s’agit d’aller au-delà de la première lecture que l’on fait d’un extrait, pour en décortiquer chaque détail. Ce cours vise à aider les étudiant·es à s’approprier cet exercice et à en comprendre les exigences, par des explications et surtout des exercices pratiques.

Différents textes seront commentés au cours du semestre. Ils suivront un fil rouge thématique, autour du thème de la paix. Au terme du semestre, les textes commentés en classe pour s’exercer à l’exercice visent aussi à constituer un parcours philosophique autour de la question de la paix, et de la façon dont elle a été pensée de l’antiquité au Xxème siècle.

Bibliographie

Pour un premier contact avec les thèmes abordés au cours du semestre: Maï Lequen (éd.), La paix, Paris, Flammarion, Corpus/GF, 2013.

Pour gagner en aisance avec l’exercice de l’explication de texte, il peut également être utile de prendre l’habitude de lire des articles ou ouvrages de littérature secondaire philosophique, notamment ceux qui proposent des commentaires suivis de textes, selon les thèmes et les auteur·ices qui vous intéressent le plus. Petite sélection d’ouvrages de qualité établie à partir de mes propres goûts, sans prétention à l’exhaustivité.

DIXSAUT Monique, Études sur La République de Platon. 1, De la justice : éducation, psychologie et politique, Paris, Vrin, 2005.

Études sur La République de Platon. 2, De la science, du bien et des mythes, Paris, Vrin, 2005.

LABICA Georges, Karl Marx, les thèses sur Feuerbach [1987], Paris, Syllepse, 2014.

MOSES Stéphane, Au-delà de la guerre, Trois études sur Lévinas, Paris, l’Eclat, 2004.