Y4HPH7U1 : Philosophie des pratiques
Philosophie et conception
Guillaume Giroud
Résumé
Ce cours a tout d’abord pour objet de transmettre des éléments pour penser philosophiquement ce qu’on a coutume désormais de nommer l’activité de « conception » (to design). Si on doit sa première définition à l’architecte romain Vitruve (Ier siècle après J.-C.), celle-ci sera redécouverte ultérieurement à la Renaissance, et surtout formalisée au milieu du XIXe siècle avec les grands bureaux d’études et cabinets d’architecture (Hatchuel). Ainsi, bien que le terme partage un air de famille avec les termes d’invention, de création, d’innovation, mais aussi de conceptualisation, nous nous proposerons d’en préciser la définition en extension comme en compréhension. Ce faisant, nous « cartographierons » (Deleuze) ce domaine en convoquant aussi bien les apports des sciences de la conception que des ressources textuelles, visuelles ou expérientielles.
Par la suite, nous analyserons les enjeux relatifs à la conception, en prenant comme objet d’étude une activité de conception spécifique à savoir le design. Si le terme est actuellement à la mode, et prétend à un positionnement scientifique, il reste que nous ne manquerons pas de mettre en lumière son ambigüité sémantique (qu’entendons-nous lorsque nous disons « c’est le design », « c’est du design » ou encore « c’est design ! » ?) et disciplinaire (le design, une affaire d’art ? de technique ?…) constitutive.
Enfin, bien qu’il soit actuellement plébiscité comme remède à nombre de maux, il n’en demeure pas moins soumis à des critiques, y compris au sein même de la profession (Loos, Sottsass, Papanek, Dunne&Raby…). Plus encore, trouvant sa principale origine lors de la révolution industrielle du XIXe siècle, avec des courants comme les Arts and Crafts, l’Art Nouveau, et ultérieurement le Bauhaus, les Arts Déco… le design se trouve traversé par des contradictions historiques que nous prendrons soin d’expliciter et de thématiser (un outil au service du capitalisme ? un remède à la crise écologique ? un nouveau modèle pour habiter ?…)
Bibliographie indicative
Conception
Boudon, P., Conception, Paris, Editions de la Villette, 2004.
Hatchuel, A., Weil, B. (éd.), Les nouveaux régimes de la conception. Langages, théories, métiers, Paris, Herman, 2008.
Simon, H., Les Sciences de l’artificiel, Paris, Folio, 2004.
Schmidt, A.-F., L’Âge de l’épistémologie. Science, ingénierie, éthique, Parie, Kimé, 1998.
Histoire
Midal, A., Design. Introduction à l’histoire d’une discipline, Paris, Pocket, 2009.
https://histoiredesarts.culture.gouv.fr/Fiches-reperes/Design
https://www.citedudesign.com/fr/t/chronologie-du-design/1/
Philosophie
Beaubois, V., La zone obscure. Vers une pensée mineure du design, Faucogney-et-la-Mer, it: éditions, 2022.
Benjamin, W., L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, Payot, 2013.
Flusser, V., Petite histoire du design, Belfort, Circé, 2002.
Huyghe, P.-D., Art et industrie, Belfort, Circé, 1999.
– Petit lexique du design, Cherbourg-en-Correntin, De l’incidence éditeur, 2024.
Masure, A., Design et humanités numériques, Paris, B42, 2017.
Vial, S., Court traité du design, Paris, Presses Universitaires de France, 2014 ;
– Le design, Paris, Que sais-je ?, 2024.
Design
Morris, W., L’art et l’artisanat, Paris, Rivages poche, 2011.
Norman, D., Le design des objets du quotidien, Paris, Eyrolles, 2020.
Potter, N., Qu’est-ce qu’un designer : objets, lieux, messages, Paris, B42, 2011.
L’institution et l’agir humain
Vincent Bourdeau
Résumé
Ce cours se propose d’interroger le concept d’institution. On cherchera à comprendre les différentes catégorisations du concept selon des disciplines distinctes : sociologie, philosophie, anthropologie, psychanalyse, économie politique. Une fois ce premier temps abordé, nous proposerons un éclairage à partir de la problématique suivante : l’institution, en tant qu’elle cherche à stabiliser les modes de relations des individus à l’intérieur de la société, a-t-elle nécessairement partie liée à une forme de canalisation, voire d’effacement, de la spontanéité sociale et de l’expression même des individus ? Pour le dire autrement, la vie des institutions est-elle irrémédiablement vouée à s’opposer à l’individualité expressive des vies humaines ? Doit-on trouver dans cette tension l’une des origines de ce que l’on appelle la « crise des institutions » ?
Bibliographie indicative :
Bergson Henri, Les deux sources de la morale et de la religion, GF-Flammarion, 2013.
Douglas Mary, Comment pensent les institutions, La découverte (Poche), 2004.
Goody Jack, La raison graphique. La domestication de la pensée sauvage, Minuit, 1979
Hauriou Maurice, « La théorie de l’Institution et de la fondation. Essai de vitalisme social », Cahier de la Nouvelle Journée, 4e Cahier, réédité dans Aux sources du droit. Le pouvoir, l’ordre et la liberté.
Hegel Georg Wilhelm Friedrich, Principes de la philosophie du droit, édition critique établie par Jean-François Kervégan, Paris, PUF, 2013 [1820].
Legendre Pierre, Sur la question dogmatique en Occident. Aspects théoriques, Fayard, 1999.
Rosanvallon Pierre, Les institutions invisibles, Paris, Seuil, 2024.

