Y4HPH0U2 : Philosophie contemporaine
Le savoir a-t-il un sexe ? Une approche féministe de la philosophie avec Michèle Le Dœuff
Carole Widmaier
Résumé
Nous prendrons appui sur les analyses de Michèle Le Dœuff dans l’Étude et le rouet et Le sexe du savoir, pour comprendre comment l’adoption d’une perspective féministe peut se constituer en outil critique du savoir scientifique aussi bien que philosophique.
La mise à l’écart des femmes de l’accès à l’universalité du savoir est constamment rapportée à un « trait d’époque », qui, pourtant, traverse toutes les époques. Il s’agit ici de considérer ce fait pour ce qu’il est : un geste, constamment répété, sous diverses formes, dans divers contextes. Comment le comprendre, et comment faire la part, dans toutes les grandes philosophies, entre ce qui relève du savoir et ce qui relève des préjugés ? Où s’arrête à chaque fois, dans les œuvres classiques, l’intention d’universalité ?
Michèle Le Dœuff réalise une critique féministe de la philosophie : non pour rejeter la philosophie, mais au contraire pour en faire l’objet d’une appropriation véritablement commune, en établissant sous un nouvel angle son champ de validité et ses limites. Ce faisant, elle s’inscrit également dans les débats internes au féminisme dit de « troisième vague », dans un acte de reprise philosophique qui diffère fondamentalement de la démarche de l’épistémologie féministe.
L’objectif de ce cours sera donc conjointement : d’éclairer des expériences partagées du rapport au savoir habituellement passées sous silence ; de produire un nouveau regard sur la tradition philosophique qui rende possible son réinvestissement ; de découvrir, en contrepoint de ce geste d’exclusion, l’existence d’œuvres de philosophie écrites par des femmes, et qui sont autant d’actes de résistance et de liberté ; de saisir une partie des débats qui font « du » féminisme une réalité fondamentalement plurielle.
Éléments bibliographiques
– Michèle Le Dœuff, L’Étude et le rouet, Seuil, 2008
Le sexe du savoir, ENS Éditions, 2023
– Christine de Pisan, La Cité des dames [1405], Livre de Poche, 2021
– Gabrielle Suchon, Du célibat volontaire ou la vie sans engagement [1700], Indigo et côté femmes, 2008
– Mary Wollstonecraft, Défense des droits des femmes [1792], Gallimard, 2016
– Delphine Gardey et Ilana Löwy (dir.), Les sciences et la fabrication du féminin et du masculin, Éditions des archives contemporaines, 2000
Phénoménologies de la nature
Laurent Perreau
Résumé
Ce cours propose une exploration critique des voies phénoménologiques qui pourraient nous permettre de repenser notre rapport à la nature. Dans quelle mesure la phénoménologie peut-elle offrir les conditions d’un renouvellement profond de notre compréhension de la nature ? Nous commencerons par étudier les fondements husserliens de la phénoménologie de la nature, à travers notamment La Crise des sciences européennes et l’analyse du monde de la vie (Lebenswelt), où la nature apparaît non plus comme un objet physico-mathématique mais comme horizon pré-théorique de l’expérience. Avec Heidegger, il s’agira de réinscrire la nature dans une ontologie du dévoilement, en pensant conjointement sa présence, son retrait et notre manière d’« habiter » le monde. Merleau-Ponty initiera une voie différente, plus à même de penser une nature charnelle, expressive et entrelacée à notre propre corporéité. Enfin, nous aborderons certains prolongements contemporains, en particulier en suivant David Abram qui radicalise l’intuition merleau-pontienne en direction d’une pensée écologique, animiste et sensible du monde vécu.
Indications bibliographiques
Edmund Husserl, La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale, Paris, Gallimard, 1976.
Martin Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part, Paris, Gallimard, 1986.
Maurice Merleau-Ponty, La nature. Cours du Collège de France (1956-1960), Paris, Seuil, 2021.
David Abram, Comment la terre s’est tue. Pour une écologie des sens, Paris, La découverte, 2021.

