Le laboratoire Logiques de l’Agir a le plaisir de vous convier à son séminaire le mercredi 21 octobre 2026 à 17h30. La séance initialement prévue pour se dérouler à l’UFR SLHS de l’Université Marie et Louis Pasteur en salle E14 (Grand Salon), entrée par le 18 rue Chifflet, 25000 Besançon aura lieu en visioconférence.
Nous recevrons Swann Descarpentries et Charles Yagoubi pour cette quinzième séance doctorale du laboratoire Logiques de l’Agir.
Swann Descarpentries
Le mouvement Queer, de la subversion à une révolution épistémique ? Injustices/violences épistémiques, circulation de la représentation, récits de soi, intersectionnalité et non-domination sous le prisme Queer.
Présentation
Tracer une frontière infranchissable entre les institutions médicales et de la santé d’une part, injustices, oppressions et violences épistémiques d’autre part revient, semble-t-il, à affirmer davantage une projection utopique plutôt qu’une prise en compte de la logique effective dans laquelle ces institutions s’insèrent dans une communauté socio-politique. Ainsi, si un certain usage de la violence se révèle à nous comme intrinsèque à la nature de la politique, nous serons amené.es à remettre en question cette persistance au sein d’espaces – qu’ils soient publiques ou privés – devant viser avant tout l’intégrité morale et physique de chacun.e, notamment dans l’accès au devenir politique pour toustes. Le choix d’aborder les enjeux et attentes de ce travail de recherche sous le prisme des institutions de la santé, notamment celles psychiatriques, afin de tendre vers une analyse et critique faisant un constat plus général concernant l’ensemble des institutions étatiques, dans un contexte majoritairement franco-suisse, tient essentiellement aux fonctionnements et aux mécanismes de nos institutions de la santé. En effet, introduire nos réflexions avec un regard essentiellement sous le prisme des institutions des sciences et de la santé est dû au fait qu’il s’agit d’institutions structurantes dans l’organisation, normalisation et structuration des corps, et cela jusque dans leur chair intime. Par ailleurs, ce sont ces mêmes institutions qui fonctionnent comme liant entre les corps appartenant aux minorités opprimées, soient qui lient nos corps queers et récits de vie « minoritaires ». De la sorte, dès la première partie de ce travail de recherche s’intitulant « Les mouvements et études féministes/ Queer face aux institutions de la santé : de l’institution psychiatrique face aux corps féminins et queers jusqu’aux injustices et oppressions épistémiques à l’aune du pouvoir de l’autorité médicale », nous analyserons de quelles sortes ces institutions scientifiques et médicales sont intrinsèques à l’historiographie des corps queers, soit des mouvements féministes et Queer, et alimentent nos réflexions autour des injustices et violences épistémiques, la circulation de la représentation – et ses influences/ son rôle en tant que « levier politique » – mais aussi la question des rapports de domination-pouvoir, inclusion-exclusion au sein d’un système (ou cis-tème) hétéropatriarcale.
De la sorte, dans la deuxième partie sur les « Représentations des corps queers : du subversif à une révolution épistémique. Quels sont les impacts des discours ainsi que des représentations concernant les minorités de genre et sexuelles dans la sphère politique ? » nous aborderons de manière davantage précise, notamment avec une recherche se situant entre ethnographie et philosophie, de quelles manières ces institutions ont des répercussions sur les existences des minorités opprimées, et répercussions qui se retrouvent dans l’ensemble des institutions étatiques. Ce qui permet d’aboutir à des réflexions critiques, mettant en avant l’importance de penser ensemble queerness et intersectionnalité afin d’avoir un ancrage socio-politique concret, soit qui s’insère dans une approche plus réaliste des réalités matérielles et récits de soi se situant au-delà du « normatif binaire », soit pouvant être qualifiés de corps minoritaires, subversifs ou encore dissidents. Autrement dit, c’est au cours de cette partie que nous pourrons nous concentrer davantage sur les impacts de ces discours scientifiques et médicaux, et comment ceux-ci ont un impact considérable dans la représentation des corps féminins, queers, racisés, voir sujets-psychiatriques, dans le devenir citoyen.ne ou acteurice politique de chacun.e.
La troisième partie, « Des institutions de la santé aux institutions politiques : Dans quelle mesure le mouvement féministe – Queer permet de souligner les failles des mécanismes normatifs et binaires qui traversent, jusque dans leur chair la plus intime, nos sociétés ? Et quelles alternatives politiques sont, et pourraient encore, être mises en place ? », se présente de prime abord comme un retour sur les institutions de la santé et scientifiques afin d’aborder les évolutions et progrès qui sont encore à mener dans ces secteurs. C’est de cette manière que nous arriverons à des pistes structurantes pour conduire la réflexion de cette troisième partie jusqu’à l’aboutissement et résolution de la problématique de ce travail qui interrogeait le terme de « révolution épistémique », à savoir pourquoi et comment les études féministes et Queer figurent-elles même en tant que leviers politiques, soit en tant que « révolution épistémique » : Dans quelle mesure les mouvements féministes et Queer, initiés dans les années 70 et souvent considérés comme subversifs, constituent un lieu privilégié d’analyse du pouvoir de la représentation ainsi que des failles dans l’accès au même devenir citoyen.ne pour toustes ? Soit, comment des mouvements tels celui Queer et/ou des concepts comme celui d’intersectionnalité permettent de mettre en tension des mécanismes normatifs et binaires, ne donnant pas ou peu de place aux récits de vie qui se situent aux frontières de ce qui est admis comme la norme, telles que les minorités de genre et sexuelles ?
Swann Descarpentries réalise une thèse sous la direction conjointe de Vincent Bourdeau, professeur de philosophie sociale et politique UMLP Besançon et d’Eléonore Lépinard, professeur de sociologie UNIL.
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Charles Yagoubi
Thalès et le monopole de pressoirs à olives de Milet et de Chios : entre reconstruction rétrospective d’une sophia archaïque et sagesse polymathique inscrite dans la vie politique et économique de son temps.
Présentation
Aristote (Politique, I, 11, 1259a5–19 = Th 28 = DK A10) est le premier auteur à rapporter l’histoire selon laquelle Thalès aurait loué, dès l’hiver, tous les pressoirs à olives de Milet et de Chios, anticipant une récolte abondante afin de réaliser un profit spéculatif en les sous-louant. Si l’histoire est associée à Thalès en raison de sa science de l’ἀστρολογία, c’est, selon Aristote, en appliquant un principe monopolistique bien connu que Thalès aurait donné tort à ses détracteurs, qui jugeaient la sagesse à sa capacité à enrichir, malgré son dédain pour la richesse. Aristote se fait à la fois le témoin d’une tradition et le critique de son interprétation. Cette anecdote ne s’oppose pas seulement à une tradition supposée, mais aussi à la description platonicienne d’un sage perdu dans les étoiles, dont la science le rendrait politiquement et socialement inapte au cadre de la cité.
Cette tension entre les représentations du sage archaïque soulève plusieurs problèmes. Il faudra d’abord analyser si cette anecdote est plausible et si elle peut être attribuée à Thalès. Cette analyse nous conduira à examiner comment Aristote participe à la construction d’une nouvelle catégorie, la philosophie, au risque d’effacer la mémoire de ce qui le précède. Pour dépasser le témoignage d’Aristote, il faudra comprendre comment la pratique milésienne archaïque de la sagesse s’inscrit dans un contexte sociohistorique de méditerranéisation et d’essor de la culture marchande à Milet. Nous pourrons alors enfin nous demander si la sagesse archaïque milésienne, telle qu’elle est décrite par certains auteurs athéniens du IVe siècle, recouvre une dimension pratique ou si elle est limitée à la sphère théorique. Ceci nous permettra de conclure sur la manière dont la pratique archaïque de la sophia, telle que le discours d’Aristote la représente, s’empare de savoirs de toutes natures pour gérer, voire dépasser, le risque inhérent à la vie dans une πόλις. Si le temps le permet, cette dernière question sera étudiée après qu’un regard aura été porté sur la pratique archaïque de la sagesse telle que décrite du point de vue ancien auquel Aristote semble s’opposer. Il s’agira d’examiner si un lien existe entre la pratique archaïque de la sagesse, l’ἀστρολογία, et les pratiques cultuelles.
Charles Yagoubi rédige sa thèse en Histoire des religions et anthropologie religieuse, sous direction conjointe de Pierre Vesperini (EPHE-PSL, Anhima) et d’Arnaud Macé (Umlp, Logiques de l’Agir).

