Le laboratoire Logiques de l’Agir a le plaisir de vous convier à son séminaire le mercredi 4 novembre 2026 à 17h30 à l’UFR SLHS de l’université Marie et Louis Pasteur en salle E14 (Grand Salon), entrée par le 18 rue Chifflet, 25000 Besançon. Nous écouterons Yoann Malinge, qui présentera une conférence intitulée :
Exister dans le monde, c’est agir. Sartre et l’ontologie de l’action
Présentation
Sartre passe pour le philosophe d’une liberté sans mesure, capable à chaque instant de se ressaisir contre le monde. L’ouvrage dont nous présenterons les résultats prend le contre-pied de cette lecture. Il s’agit de montrer qu’on comprend mal la liberté tant qu’on l’oppose au monde. L’agent et le monde ne sont pas deux termes qui s’affrontent. Leur relation est une corrélation, dont l’action constitue la réalisation.
D’où la nécessité de commencer par l’ontologie. Dissocier l’être du monde et l’être humain, c’est prendre appui sur certaines pages de L’Être et le Néant, mais au prix de ce que la négation interne a de plus original. Que fait le pour-soi, cette conscience intentionnelle située ? Il fait apparaître les qualités du monde sans les constituer pour autant : elles sont réelles, fondées sur la transphénoménalité de l’être.
De là se déploie ce que nous appelons la dynamique de l’action. Les possibles, les valeurs, l’apparition des moyens, la réalisation participent d’un même processus, que Sartre nomme circuit de l’ipséité. L’agent n’est pas animé par un amour-propre, comme si son caractère causait ce qu’il fait. Il tente de faire advenir un autre agencement du monde. Le futur y détient le primat ; il est la raison d’agir.
Cette compréhension a des conséquences importantes. Si l’action réalise une corrélation, alors les déterminations sociales et matérielles cessent d’être des causes extérieures, elles entrent dans la corrélation même. Des impossibles existent réellement. Et les possibles les plus intimes peuvent se trouver commandés par les structures sociales qui traversent le monde. L’aliénation devient pensable sans que l’on renonce à la liberté, ce qui explique pourquoi Sartre approfondit sans cesse la dimension sociale de la réalité, de L’Être et le Néant à L’Idiot de la famille en passant par la Critique de la raison dialectique.
Dès lors, si l’existence humaine se caractérise par le faire plutôt que par l’être, l’action n’exprime aucune intention préalable : elle réalise le projet existentiel lui-même. C’est ce déplacement qui permet de rendre compte de l’évolution de l’œuvre sartrienne sans renoncer à son unité.

