Y4HPH1U2 (2026-2027) : Philosophie de l’art, L1-S1 (M. Crevoisier & P.-A. Crettez)

Y4HPH1U2 : Philosophie de l’art

Les révolutions esthétiques
Michaël Crevoisier

Résumé

Ce cours est une introduction générale à la philosophie de l’art organisé selon une approche historique. Nous analyserons trois problèmes majeurs constituant autant de jalons dans l’histoire des théories de l’art : le problème antique de la mimèsis (Platon, Aristote et le Pseudo-Longin), le problème classique du goût (Kant et Hume) et le problème contemporain du sublime (Kant, Hegel et Lyotard). À chaque fois, il s’agira d’identifier les concepts en jeu dans l’élaboration et le traitement de ces problèmes, ainsi que les principales thèses existantes.
Notre objectif sera également de comprendre les raisons du passage historique d’un problème à l’autre, notamment en nous appuyant sur l’idée de révolution esthétique. La première révolution, largement commentée et admise aujourd’hui, consiste dans le passage, au xviiie siècle, à une compréhension esthétique des œuvres ; la question de l’art se déplace vers le pôle subjectif de son appréciation. La seconde révolution, plus hypothétique, concerne ce qui arriverait à l’art au xxie siècle, c’est-à-dire après ce qui a été appelé « la fin de l’art ». Sur ce point, nous chercherons à comprendre comment l’articulation entre les dimensions esthétique et technique de la question de l’art ouvre la voie à une nouvelle manière d’interroger les œuvres d’art. Dans cette perspective, nous nous demanderons si l’art contemporain et la pratique des jeux vidéo nous donne les moyens de réfléchir cette seconde révolution.

Bibliographie

Aristote, Poétique, Le livre de poche, 1990.
Benjamin, W., L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, Allia, 2011.
Bergson, H., « La perception du changement », dans La pensée et le mouvant, PUF, 2013.
Costa, M., Le sublime technologique, Iderive, 1994.
Danto, A., L’assujettissement philosophique de l’art, Seuil, 1993.
Derrida, J., La vérité en peinture, Flammarion, 2010.
Hegel, Introduction à l’esthétique : Le Beau, Flammarion, 2009.
Kant, E., Critique de la faculté de juger, GF, 2015.
Longin, Du sublime, Rivages, 1993.
Lyotard, J.-F., « Le sublime et l’avant-garde », dans L’inhumain, Klincksieck, 2014.
Massin, M., Expérience esthétique et art contemporain, PU Rennes, 2013.
Merleau-Ponty, M., L’œil et l’esprit, Folio, 1985.
Nguyen, C. Thi, Games. Agency as Art, OUP, 2020.
Platon, République, GF, 2016.
Rancière, J., Aisthesis, Galilée, 2011.
Saint Girons, Baldine, L’acte esthétique, Klincksieck, 2008.
Sauvanet, P., Eléments d’esthétique, Ellipses, 2004.
Simondon G., « Réflexions sur la techno-esthétique », dans Sur la technique, PUF, 2014.
Stiegler B., De la misère symbolique, Flammarion, 2013.
Triclot, M., Philosophie des jeux vidéo, La Découverte, 2017.
Baumgarten, Esthétique

 

Mais que font les artistes ? Faire une œuvre d’art
Pierre-Alexandre Crettez

Résumé
La philosophie de l’art est traditionnellement nommée esthétique (de aisthêsis : sensation) parce que son premier objet est devenu le beau, et sa première question celle de l’objectivité ou de la subjectivité du sentiment d’un spectateur devant une œuvre d’art. Ce cours propose cependant de changer l’orientation de l’analyse pour se concentrer sur ce que fait l’artiste, et non sur ce que fait l’œuvre au spectateur. La réflexion sur l’art devient alors une poïétique (de poïen : faire, produire) se donnant pour thème la nature de la création.
On essaiera d’abord comprendre pourquoi la philosophie a si peu essayé de rendre raison de l’activité de l’artiste. Ce dernier est en effet rendu mystérieux, et donc incompréhensible : on le dit « inspiré » par une force supérieure, avoir reçu la grâce du « génie », ou créer ex nihilo comme le Dieu tout-puissant des monothéismes. Cette question nous conduira à éclaircir ce que signifie « inventer » en général et dans l’art en particulier. Comment comprendre que les êtres humains puissent rendre effectif ce qui était auparavant inconcevable, sans céder à la tentation de faire venir ce pouvoir d’une force surnaturelle ?

Bibliographie indicative : Les ouvrages en gras sont ceux dont la lecture est la plus conseillée (à choisir entre eux). Seules des éditions particulières sont ponctuellement recommandées.

  • Platon : Apologie de Socrate ; Ion ; La République (II, III, X), Le Sophiste

  • Aristote : Poétique

  • Alberti : De la peinture

  • Léonard : Traité de la peinture

  • Vasari : Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes

  • Panofsky : Idea. Contribution à l’histoire du concept de l’ancienne théorie de l’art, Gallimard, 1989 ; La Perspective comme forme symbolique, Éditions de Minuit, 1976 ; Architecture gothique et pensée scolastique (avec une postface de Bourdieu), Éditions de Minuit, 1967 ; L’Œuvre d’art et ses significations, Gallimard, 1969.

  • Kant : Critique de la faculté de juger ; Qu’est-ce qu’un livre ?, P. U. F. 1995 (avec une présentation de Jocelyn Benoist).

  • Nietzsche : La Naissance de la tragédie ; Humain trop humain (IV, § 155, 162)

  • Alain : Système des beaux-arts, Gallimard, 1920.

  • Heidegger : « L’origine de l’œuvre d’art » (in Chemins qui ne mènent nulle part, Gallimard, 1962).

  • Sartre : Qu’est-ce que la littérature ?, in Situations II, Gallimard, 1948.

  • Lévi-Strauss, « La science du concret » (sur le « bricolage »), in La Pensée sauvage, Plon, 1962.

  • Merleau-Ponty : « Le doute de Cézanne » (in Sens et non-sens, Nagel, 1948) ; La Prose du monde, Gallimard, 1969 ; Le Monde sensible et le monde de l’expression. Cours au Collège de France : notes, 1953, Métis Presse, 2011.

  • Bourdieu : Un art moyen : Essai sur les usages sociaux de la photographie, Éditions de Minuit, 1965 ; Les Règles de l’art : genèse et structure du champ littéraire, Éditions du Seuil, 1992 ; Sur Manet : une révolution symbolique, Éditions du Seuil, 2013 ; « Dialogue sur la poésie orale en Kabylie » (avec Mouloud Mammeri), in Actes de la recherche en sciences sociales, 1978 (sur Persée).