Y4HPH952 : Pré-professionnalisation philo 3
Pensées politiques de l’anarchisme
Danielle Bernard
Résumé
Des mouvements insurrectionnels au Népal et à Madagascar au quartier autogéré d’Exarcheia à Athènes, des Gilets Jaunes à la ZAD de Notre-Dame des Landes, les A cerclés graffés sur les murs se retrouvent partout dans le monde, comme un défi toujours renouvelé au pouvoir et un symbole de résistance à l’oppression. Même si cette diffusion massive du symbolisme anarchiste ne s’accompagne pas nécessairement de l’émergence d’un mouvement libertaire organisé à une échelle de masse, elle montre du moins que l’imaginaire anarchiste résonne avec les mouvements sociaux contemporains.
Mais, s’il est assurément une « rêverie » et un imaginaire de révolte (Alain Pessin, La Rêverie anarchiste, Lyon, Atelier de Création Libertaire, 2000), l’anarchisme est surtout une tradition de pensée riche et plurielle, à laquelle ce cours entend fournir une introduction. Mon objectif sera de donner un aperçu des différents aspects de l’anarchisme classique tel qu’il a été formulé à partir de la deuxième moitié du XIXème siècle, en insistant particulièrement sur les dimensions de cette tradition qui me semblent pouvoir nourrir la pensée critique contemporaine. Le cours s’articulera autour de deux grands thèmes, étroitement liés entre eux.
Le premier est la critique radicale de l’État, pensé par les anarchistes comme un organe intrinsèquement violent et organisant la dépossession des masses. Cette analyse de l’État permet aux anarchistes de remettre en cause avec une particulière vigueur la violence d’État, en particulier telle qu’elle se matérialise dans ses organes répressifs (police, justice, prison). Elle les conduit aussi à considérer la démocratie représentative comme un leurre : pour les anarchistes, la politique professionnelle n’est pas l’organe de la représentation du peuple, mais l’instrument de sa dépossession. Plutôt que la représentation, iels préconisent l’autogestion directe à tous les niveaux de la société : pouvoir direct du peuple sur les décisions politiques, mais aussi en matière économique, pouvoir direct des travailleur·euses sur leur propre travail.
Le deuxième fil rouge de ce cours est la question de l’anarchisme comme « éthique de l’émancipation », selon la belle formule de Max Leroy (Emma Goldman, une éthique de l’émancipation, Lyon, Atelier de Création Libertaire, 2014). L’anarchisme, comme aspiration à créer un monde débarrassé de tous les rapports de domination, a comme objectif la libération la plus totale de l’individu. Une des constantes de l’anarchisme, par-delà les variantes et les débats qui agitent ce mouvement, est la conviction selon laquelle les pratiques militantes employées au présent doivent préfigurer la société future. D’où le rôle important que nombre d’anarchistes donnent à la critique du patriarcat, mais aussi à la réflexion sur la création d’une éducation nouvelle, qui formerait des individu·es libres au lieu des les soumettre et de les violenter.
Après une introduction présentant à grands traits l’histoire de l’anarchisme, ce cours suivra une organisation thématique. Chaque séance sera consacrée à un thème de l’anarchisme classique, présenté de préférence à partir d’un texte qui sera commenté en classe. Les dernières séances proposeront une ouverture sur des productions contemporaines. Il s’agira de présenter quelques relectures contemporaines de l’anarchisme, pour montrer comment cette tradition de pensée est relue à nouveaux frais en la croisant avec d’autres sources philosophiques (Catherine Malabou, Saul Newman) ou en la faisant résonner avec des mouvements sociaux contemporains, de l’écologie politique (Murray Bookchin) à l’abolitionnisme pénal (Gwenola Ricordeau).
Bibliographie
Cette bibliographie regroupe des textes qui peuvent servir d’introduction aux thèmes abordés dans le cours, mais ne reprend pas l’ensemble des références qui y seront convoquées. Une bibliographie plus complète sera distribuée au premier cours.
GOLDMAN Emma, L’anarchisme, Montreuil, Nada, 2021.
GUERIN Daniel, Ni Dieu ni maître, Anthologie de l’anarchisme [1970], Paris, La découverte, 1999.
L’anarchisme, de la doctrine à l’action, [1965], Paris, Gallimard, 1981.
KROPOTKINE Pierre, Paroles d’un Révolté [1885], Montreuil, Nada, 2023.
RECLUS Elisée, Pourquoi sommes-nous anarchistes ? [1889], Paris, L’Herne, 2016.

